Numéro automne — novembre 2005
Redoubler d’efforts pour vaincre la dépression
par Laura Eggertson

En tant que conseiller en psychopharmacologie, le Dr Pierre Blier est souvent amené à traiter ses patients atteints de dépression à plusieurs reprises. L’un des aspects les plus décourageants de cette maladie mentale répandue est le taux de rechute élevé des personnes atteintes. C’est ce qui a amené ce professeur de l’Université d’Ottawa à rechercher de nouvelles avenues pour traiter la dépression.
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Membre du personnel médical de l’Hôpital Royal d’Ottawa, le Dr Blier est titulaire d’une chaire de recherche du Canada en psychopharmacologie. Dans le cadre d’études contrôlées, il a pu observer que le fait de traiter des patients avec une combinaison d’antidépresseurs, au lieu d’un seul médicament – et ce, dès le traitement initial –, avait pour résultat d’accroître le taux de rémission.
Selon le Dr Blier, son approche repose sur « une conception très inhabituelle en psychiatrie, mais très répandue en médecine. Si vous consultez un médecin généraliste parce que vous souffrez d’asthme, vous sortirez de la consultation avec une ordonnance comprenant au moins deux médicaments. »
Dans une étude clinique menée récemment par le Dr Blier sur un groupe de 105 hommes et femmes, un quart des patients a reçu la dose standard, constituée d’un seul antidépresseur, le fluoxétine (Prozac), alors que les autres ont reçu une combinaison de deux médicaments distincts possédant des mécanismes d’action complémentaires, soit le mirtazapine (Remedon) et le bupropion (Wellbutrin). Deux fois plus de patients ayant suivi la thérapie comprenant une combinaison de médicaments sont entrés en rémission, comparativement à ceux qui n’avaient pris qu’un seul médicament.
Le Dr Blier et ses collègues ont par la suite effectué un suivi auprès des patients qui connaissaient une rémission depuis six mois. Ils ont alors supprimé un médicament aux patients qui avaient reçu le traitement combiné. Environ la moitié de ces patients ont eu des rechutes, pour la plupart au cours du mois suivant le retrait du médicament. Ils ont ensuite repris – avec succès – la thérapie fondée sur une combinaison de médicaments.
Bien qu’il ne va pas jusqu’à préconiser que chaque patient atteint de dépression soit traité à l’aide de deux médicaments, le Dr Blier recommande que les médecins et les psychiatres réévaluent les effets des médicaments aux deux semaines. Si les patients ne réagissent pas du tout au traitement, les médecins devraient augmenter la dose à deux reprises au cours des six premières semaines, si le patient le tolère, puis ajouter un autre médicament.
Il importe d’améliorer rapidement l’état de tous les patients, et en particulier des plus jeunes, le suicide étant la deuxième cause de décès chez les jeunes de 15 à 24 ans, après les accidents.
« Un des facteurs clés pour prévenir les rechutes consiste à garder suffisamment longtemps les patients sous médication contre la dépression », déclare le Dr Blier. « La plupart des gens abandonnent leur médication dès qu’ils se sentent mieux, après six semaines ou deux à trois mois. En fait, ils devraient poursuivre leur médication pendant six à neuf mois après la rémission des symptômes », ajoute le Dr Blier.
Le médecin s’attend à voir apparaître un jour sur le marché de nouveaux médicaments qui combineront, dans un même comprimé, les propriétés des divers médicaments qu’il utilise actuellement. Liens connexes
- Faculté de médecine
- Institut de recherche en santé mentale
- Profil de la Chaire de recherche du Canada de Pierre Blier
