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Numéro printemps — avril 2004

Loin des yeux, mais toujours là

La plupart d’entre nous sortons les déchets, les abandonnons sur le bord du trottoir et n’y repensons plus. Ce n’est pas le cas de Leta Fernandes. Le kilo et demi de déchets dont se débarrasse tous les jours une personne moyenne au Canada la préoccupe, et cette préoccupation est à sa recherche ce que l ’eau est au moulin.

Professeure de génie civil à l’Université d’Ottawa depuis 1989, Leta Fernandes n’avait pas vraiment envisagé d’étudier les rebuts des autres.

« On ne se dit pas comme ça qu’on va devenir ingénieure en environnement », dit-elle. Cependant, la science intéressait M me Fernandes depuis son enfance, et dans une famille qui tenait mordicus aux études postsecondaires pour tous les enfants, sa destinée était assurément de poursuivre des études universitaires.

Ayant grandi au Portugal, où l’eau potable propre et le traitement des déchets comptaient parmi les problèmes de l’heure, Leta Fernandes savait que c’était la voie à suivre. Au départ, elle hésitait entre le génie civil et le génie chimique. Mue par le désir de répondre aux besoins fondamentaux de la population mondiale, elle a d’abord fait des études à Lisbonne où elle a obtenu un diplôme en génie civil en 1979. Elle est ensuite venue s’établir au Québec pour faire sa maîtrise et son doctorat en génie de l’environnement à l’Université McGill.

Mme Fernandes a débuté sa carrière de chercheure dans le cadre d’un projet collectif sur le compostage du lisier sous la gouverne d’Agriculture Canada. Le groupe a démontré l’efficacité d’un système d’aération passif dans la production d’un matériel de culture inodore et riche en éléments nutritifs pour les plantes. Le système a été mis en œuvre récemment en Colombie-Britannique.

C’est toujours une question de pollution

« Mes travaux ont essentiellement une application pratique, mais je suis passée de l’étude du traitement des eaux usées et des déchets agricoles à l’évacuation sûre des déchets sur les sites d’enfouissement. Mais à la base, c’est toujours de pollution dont il s’agit. »

Un des projets qu’a réalisés la professeure Fernandes consistait à trouver une façon de traiter le lixiviat, soit la partie soluble des déchets qui est entraînée vers le fond des systèmes d’enfouissement. Ce lixiviat, ou liquide résiduaire, contient divers polluants comme des métaux lourds, des matières organiques, de l’ammoniac et du boron. Les méthodes d’évacuation traditionnelles s’avèrent inefficaces dans le cas du boron, qui est toxique pour les plantes s’il pénètre le sous-sol d’un site d’enfouissement. Les études sur le sujet sont peu nombreuses, mais le travail de Mme Fernandes, qui prévoit l’utilisation de filtres de tourbe pour absorber le produit chimique, est le sujet d’un article qui doit paraître dans la Revue du génie et de la science de l’environnement.

Un projet plus récent concerne la dégradation des déchets solides dans un site d’enfouissement à bioréacteur. La question, pour Leta Fernandes, est de savoir s’il est possible de réduire la quantité de certains polluants dans la solution de lixiviat. Quel type de bactérie pourrait optimiser et accélérer la décomposition des déchets et, en bout de ligne, limiter la prospection de nouveaux sites d’enfouissement?

« Mais je n’en suis pas restée là », affirme la professeure, pour qui la question brûlante est de trouver une façon d’optimiser l’efficacité de la couche finale de recouvrement des décharges, pour permettre l’oxydation biologique des émissions fugitives de méthane dans le dioxyde de carbone et l’eau. « Le pourcentage de méthane — de 30 à 40 p. 100 — qui n’est pas récupéré traverse la couche de recouvrement de la décharge et est libéré dans l’atmosphère, ce qui contribue au réchauffement de la planète », explique M me Fernandes. « Environ 20 p. 100 de la contribution du Canada au réchauffement planétaire est attribuable aux sites d’enfouissement, alors on a largement intérêt à résoudre ce problème. »

Leta Fernandes ne s’attribue pas le mérite de régler tous les problèmes relatifs aux systèmes d’enfouissement. « Je n’y arriverais pas toute seule. Six étudiants diplômés, dont deux au doctorat, m’épaulent dans le cadre de ces projets. Il y a encore beaucoup à faire, mais je crois que nous sommes sur la bonne voie. »

De l’espoir dans l’avenir

Quand la professeure Fernandes arrive à son bureau dénué de tout élément décoratif, dans le vieil édifice d’ingénierie de la promenade Colonel By, elle n’a pas l’impression d’aller travailler. Elle a plutôt un sentiment d’espoir dans l’avenir.

« Des millions de personnes meurent à cause des piètres conditions d’hygiène et de maladies d’origine hydrique », déclare M me Fernandes, qui a entrepris des projets environnementaux en Chine, au Moyen-Orient et en Afrique. « Je crois que si la gestion des déchets se fait correctement, il est possible de réduire considérablement la facture du régime de santé. Je veux pouvoir utiliser cette technologie d’enfouissement et la mettre en œuvre à peu de frais dans autant de pays que possible. »

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Dernières modifications : 2008.01.29