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Numéro d'automne — novembre 2002

Le fossé des genres, sur les bancs d’école

Les études sont à l'éducation ce que l'eau est au moulin, et tous les étudiants savent qu’elles portent fruit. Des recherches pédagogiques démontrent également que plus vous vous appliquez dans vos études, meilleures seront vos notes. Néanmoins, on aurait tort ici de généraliser. Des chercheurs de l’Université d’Ottawa ont découvert une différence importante entre les méthodes d’étude — et les résultats d’examen — des étudiants et des étudiantes en génie chimique.

« Nous avons constaté que les étudiantes consacraient presque deux fois plus de temps à leurs études que leurs confrères de classe, mais qu’au bout du compte, leur rendement était assez semblable », explique Renata Jovanovic, étudiante au programme de doctorat du Département de génie chimique à l’Université d’Ottawa, auquel s’inscrivent par ailleurs plus de femmes que d’hommes.

Sur l’avis de Marc Dubé, professeur de génie chimique, Jovanovic a fait publier cette année les résultats de ses recherches dans le Journal of College Student Retention Research Theory and Practice. Elle entrevoit la possibilité de poursuivre ses travaux puisque le groupe sondé était relativement peu nombreux : 34 étudiants de première année en génie chimique, de 17 à 22 ans, des femmes dans une proportion de 58 p. 100, les deux tiers anglophones, un tiers francophones.

De plus, son article sur la formation entourant les aptitudes à l’étude assistée par ordinateur lui a valu le deuxième prix dans la catégorie des publications à caractère technique à la 12e Conférence internationale des femmes ingénieures et scientifiques qui a eu lieu en juillet dernier.

La Conférence, sous l’égide de l’Université d’Ottawa et de l’Université Carleton, a attiré quelque 500 représentants de plus d’une quarantaine de pays qui s’intéressent à la situation des femmes dans le secteur des sciences et du génie. La Conférence est organisée tous les trois ou quatre ans depuis 1964, et a lieu dans un pays différent chaque fois. C’était une première pour le Canada.

Le document de recherche de Jovanovic était l’un des quatre rapports sur le thème de la formation dans le domaine de l’informatique qui ont été présentés à la conférence. Jovanovic a parlé de la recherche entreprise il y a trois ans sur les méthodes d’étude des étudiants en génie chimique. Elle avait alors formé deux groupes et demandé aux membres de l’un d’entre eux d’utiliser un logiciel présentant les caractéristiques de la technologie Java pour tenir un registre de leur emploi du temps et se fixer des objectifs d’étude. Au terme de la période de traitement, les notes des étudiants s’étaient améliorées dans une proportion de 17 p. 100 comparativement au groupe qui ne s’était pas servi du logiciel. Jovanovic a constaté également une corrélation positive entre le nombre d’heures d’étude et la note pondérée moyenne.

Jovanovic ne s’attendait pas toutefois à ce qu’il y ait une différence entre les méthodes d’étude et les résultats d’examen selon qu’il s’agit des étudiants ou des étudiantes. Dubé affirme que ces résultats soulèvent d’autres questions, notamment celle de savoir pourquoi le rendement des femmes était inférieur à celui des hommes alors qu’elles avaient étudié davantage.

« Faut-il pointer du doigt la méthode d’enseignement? », demande Dubé. « Les styles d’apprentissage ont tendance à varier pour les femmes et les hommes. En général, l’étudiant se dit : « j’écoute l’exposé, je réfléchis, assimile la matière et la régurgiterai plus tard ». Les étudiantes en génie ont pour leur part besoin d’exemples plus concrets. Les professeurs devraient avoir recours à des stratégies différentes qui tiennent compte des deux styles d’apprentissage dominants dans nos classes. »

Il faudrait également se demander si les hommes ne sous-évaluent pas leurs heures d’étude, et si les femmes ne font pas le contraire. Peut-être qu’elles « approfondissent davantage » la matière alors que leurs confrères de classe en font une étude « superficielle », suggère Dubé.

Ce dernier a entrepris un travail de recherche sur les méthodes d’étude avec sa femme, Marna Zinatelli, qui est psychologue spécialiste du counselling des étudiants et ancien membre du Service de counselling de l’Université d’Ottawa. Avec l’aide de David Taylor, concepteur d’ordinateur rattaché au Département de génie chimique, le couple a mis au point un logiciel appelé Results, dont il se servira dans le cadre des travaux de recherche.

Zinatelli, qui a maintenant une pratique privée, affirme avoir conseillé plus de femmes que d’hommes sur les aptitudes à étudier, sur la gestion de son temps et sur l’anxiété face aux examens, même dans le cadre de programmes de génie où la population étudiante est majoritairement masculine.

« Intégrer un domaine majoritairement composé d’hommes comporte plus d’un stress », souligne-t-elle. « Un contexte comme celui-là soulève bien des questions. »

Des questions que des chercheurs dans d’autres disciplines, dans d’autres universités examineront, espère-t-elle.

« J’aimerais m’associer à d’autres personnes qui font ce type de recherche » affirme Zinatelli. « Cette différence entre les genres m’intéresse. Et ce serait bien d’entreprendre de nouveaux travaux de recherche, seulement, plus officiels et mieux structurés. »

Jovanovic a songé d’abord au projet de Dubé et de Zinatelli parce qu’il lui donnait l’occasion d’apprendre à venir en aide à d’autres étudiants. Elle attribue à ses antécédents personnels la facilité avec laquelle elle a pu intégrer le programme de génie — elle avait le soutien de son mari Zoran, sa mère est professeure de chimie et de biologie au secondaire, son père a choisi l’enseignement technique et donne aussi des cours de physique.

Après avoir obtenu un diplôme en biochimie en Yougoslavie, Jovanovic a travaillé comme chercheure à l’Institut des sciences nucléaires de Belgrade, où elle a étudié les effets des radiations sur les polymères. En 1999, elle a émigré au Canada pour poursuivre ses études de maîtrise et a terminé sa thèse sur les polymères en émulsion. Pour son doctorat, elle envisage d’étudier la relation entre les propriétés et la structure des adhésifs autocollants.

« Je constate que peu de femmes ont la chance d’avoir mon expérience. Elles butent contre toutes sortes de difficultés dans la plupart des régions du monde. Peut-être devons-nous trouver un moyen de les aider à poursuivre leurs rêves dans le secteur du génie. »

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Dernières modifications : 2008.01.29