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Numéro hiver — février 2001

Entre la poésie et la chimie, la marche n’est pas si haute.

Howard Alper est le premier lauréat de la Médaille d’or Gerhard-Herzberg en sciences et en génie attribuée par le CRSNG, en hommage à ses contributions dans les domaines de la chimie organométallique et de la catalyse organique.

Bien qu’Alper ait consacré la majeure partie de sa vie à la chimie, la musique et la poésie ont été ses premiers amours. À l’âge de 16 ans, il a passé quelque temps à Manhattan — ses endroits de prédilection étaient le 1650 de l’avenue Broadway (un secteur de la ville réputé pour sa concentration d’éditeurs) et le quartier de Greenwich Village — dans l’espoir de convaincre les compagnies de publier ses chansons, les interprètes de les enregistrer. Une d’entre elles, d’inspiration country-western, a bien été enregistrée et on a pu l’entendre sur les ondes des stations radiophoniques aux États-Unis et au Canada. Elle s’intitulait I Shake All Over. Pendant ses études de premier cycle, Alper a publié des poèmes dans le journal étudiant de l’université.

Dans les années 60, alors qu’il habitait Montréal, il a rencontré Leonard Cohen dans un café. Ils ont parlé de liberté et de ce qu’elle signifiait. Malgré son amour pour la musique, la littérature et la poésie, qui ne s’est par ailleurs jamais éteint, Alper a délaissé l’univers de Leonard Cohen pour celui de Roald Hoffmann. C’était une question de survie, une décision réaliste et pragmatique. Sa créativité a néanmoins joué un rôle prépondérant dans sa carrière de chimiste. Il semble que de la poésie aux liaisons chimiques, la marche ne soit pas aussi haute qu’on croirait.

Alper a obtenu un baccalauréat, au terme de quatre années d’études, de l’Université Concordia (qui s’appelait alors l’Université Sir George Williams). La création littéraire, la poésie et l’anthropologie ont fait bon ménage avec la chimie et la physique pendant la première moitié de ses études. Alper a choisi de se spécialiser en chimie et a obtenu un doctorat en chimie organique de l’Université McGill. Aucune faculté n’était spécialisée en chimie organométallique, son supérieur lui permit néanmoins de développer ses propres idées dans un tout nouveau secteur pour le département. La créativité d’Alper lui a inspiré des expériences qui allaient jeter les fondations sur lesquelles il allait bâtir pendant des années. Parmi ses contributions importantes à la science, mentionnons la création de nouveaux procédés chimiques et de nouvelles méthodes qui, évalués à l’aune de la rentabilité, favorisent l’obtention des résultats visés. Il ne fait aucun doute que son tempérament artistique a profondément influencé sa vision de la recherche, dont a résulté une science nouvelle et raffinée.

À l’Université McGill, Howard a rencontré Anne, qui poursuivait elle aussi des études supérieures en chimie. Doctorat en main, ils sont allés s’installer dans l’État de Jersey. Howard avait obtenu une bourse de recherches postdoctorales à la Princetown University; tandis qu’Anne avait décroché un poste d’associée de recherche au Textile Research Institute. L’année d’après, Alper était professeur adjoint à la State University of NY, à Binghamton. Puis le couple a eu des jumelles. Alper se rappelle du choc que lui fit l’annonce, à quelques heures seulement de l’accouchement, de la naissance non pas d’un mais de deux bébés! L’échographie n’était pas pratique courante en 1969.

En 1975, Alper s’est joint au département de chimie de l’Université d’Ottawa, dont il connaissait la réputation. Il avoue que l’atmosphère trépidante de la ville a influencé également sa décision. Parallèlement à sa carrière d’enseignant et à ses contributions importantes dans le domaine de la catalyse, Alper s’est intéressé aux grandes questions de l’heure pour le département; il a été directeur du département de chimie de 1982 à 1985, puis de 1988 à 1994. Ses collègues s’entendent pour dire que sa plus grande contribution durant l’exercice de ses mandats fut de recruter des chercheurs de haut cali-bre et de créer une atmosphère de collégialité au sein du département. Il a joué un rôle important aussi dans la création du pavillon D’Iorio où ont été aménagés des laboratoires de chimie et de biologie tout ce qu’il y a de plus moderne.

Alex Fallis, un ami de longue date et collègue d’Alper au département de chimie nous a livré ces commentaires : « Howard montre l’exemple dans ses rôles de chercheur et d’administrateur. Sa préoccupation première dans tout ce qu’il entreprend est la recherche de l’excellence. C’est un être humain d’une grande générosité, et quel enthousiasme il a! Peu importe son horaire très chargé, il trouve toujours le moyen de se libérer pour voir quelqu’un, même quelques minutes! C’est un homme équilibré. Il s’intéresse aux arts, au théâtre, à la poésie, fin gourmet en plus qui adore le chocolat. Howard s’investit complètement dans son travail et tire le maximum de ses aptitudes. »

Principales contributions d’Howard Alper dans le secteur de la chimie

  • A découvert et développé des méthodes simples et raffinées pour produire des antibiotiques et des anti-inflammatoires. Pour les fabricants de médicaments, cela se traduit par des procédés rentables et des composés de grande valeur.
  • A découvert de nouvelles méthodes qui rentabilisent la production de polyuréthanes, des polymères d’une grande utilité pour divers secteurs de l’industrie, ceux notamment de l’automobile et de la construction (matériau mousse).
  • A développé les premières applications du processus de réaction catalysée par un métal et par transfert de phase, applications fondamentales et pratiques dans les secteurs de la recherche et du développement.
Non seulement Alper a mis sa passion et son talent au service de l’Université d’Ottawa, il est devenu un membre influent d’autres organisations de renommée. Il est président de l’Académie des sciences de la Société royale du Canada, et assumera, à compter de novembre prochain, la présidence de la Société. Il a contribué de façon significative au développement du Partenariat en faveur des sciences et de la technologie, un regroupement de 25 sociétés et associations nationales qui collaborent entre elles et avec le gouvernement dans l’intérêt de l’avancement de la recherche et de l’innovation au Canada. Alper siège également au sein des conseils d’administration de plusieurs multinationales, et collabore à de nombreux projets de recherche d’envergure internationale.

Howard Alper est un homme d’un rare dynamisme qui le rend capable d’entreprendre de multiples tâches avec la dernière énergie. Ses collègues et ses amis le taquinent souvent en disant qu’il doit forcément y avoir des clones d’Alper qui s’affairent et s’occupent de tout. La créativité dont il fait preuve dans son travail de chercheur, d’enseignant, d’administrateur et d’innovateur profite largement à l’avancement de la recherche à l’Université d’Ottawa comme partout ailleurs au Canada.

En reconnaissance de ses contributions à la science et à l’avancement de la recherche

  • Médaille d’or Gerhard-Herzberg en sciences et en génie du Canada (2000) attribuée par le CRSNG
  • Prix d’excellence en recherche du CRSNG (2000)
  • Officier de l’Ordre du Canada (1999)
  • Prix Forum Bell Canada pour ses contributions exceptionnelles aux efforts de collaboration entre les entreprises et les universités dans les secteurs de la recherche et du développement (1998)
  • Médaille de l’Institut de chimie du Canada (le plus important prix décerné dans le secteur de la chimie au Canada) 1997
  • Membre à part entière de l’Académie européenne des sciences, des arts et des lettres (1996)
  • Prix Urgel-Archambault en sciences physiques, mathématique et génie de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (1996)
  • Bourse commémorative E.W.R. Steacie pour ses contributions distinguées dans le secteur de la chimie (1993)
  • Médaille commémorative du 125e anniversaire du Canada pour ses contributions importantes au Canada (1992)
  • Prix d’excellence en recherche de l’Université d’Ottawa (1991)
  • Prix Alfred Bader de la Société canadienne de chimie en hommage à ses contributions exceptionnelles dans le secteur de la chimie organique (1990)
  • Bourse de recherche Killam (1986–1988)
  • Bourse de recherche John Simon Guggenheim (1985–1986)
  • Membre de la Société royale du Canada (1984)
  • Prix de Catalyse de l’Institut de chimie du Canada (1984)
  • Prix Alcan en hommage à ses contributions exceptionnelles dans le secteur de la chimie inorganique (1980)
  • Bourse commémorative E.W.R. Steacie du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (1980–1982)


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Dernières modifications : 2008.01.29