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Numéro hiver — février 2007

Un antigel pour congeler les organes?

Qu’est-ce qu’un bon steak, votre crème glacée favorite, le givre sur les ailes d’un avion, la construction d’une structure en béton en plein hiver et un cœur humain prévu pour une transplantation peuvent bien avoir en commun? Si on les considère dans le contexte de la congélation, ces éléments disparates font pourtant tous face à un problème identique : tirer pleinement profit des immenses avantages de la congélation tout en évitant les effets dommageables qui y sont inévitablement associés.

Robert Ben, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en chimie thérapeutique, se concentre sur la production de glycoprotéines antigel, une classe de composés synthétiques dont la fonction cellulaire est justement d’atténuer les dommages causés par la congélation.

« Nous misons sur des composés capables d’imiter les effets des antigels naturels tout en étant biologiquement et chimiquement plus purs, plus stables, plus faciles à produire et, en fin de compte, moins dispendieux à créer que les composés antigel traditionnels », explique le chercheur. À noter que l’équipe dirigée par le professeur Ben, composée d’une douzaine d’étudiants aux 1er, 2e et 3e cycles, est la seule équipe de chercheurs au monde à axer sa recherche exclusivement sur les composés synthétiques.
 
Pour bien comprendre le défi, il importe de savoir qu’à l’instant précis de la congélation, il se produit une nucléation de la glace. « Ce processus s’accompagne d’une multiplication instantanée et incontrôlée de cristaux de glace », d’expliquer le professeur Ben. Les cellules environnantes sont littéralement déchiquetées par les pointes acérées de cette multitude de cristaux. C’est pour cette raison que les organes, les produits sanguins et les tissus humains congelés deviennent inutilisables. Que faire? Il s’agit de stopper le processus de cristallisation qui survient au moment de la congélation.

Les perspectives médicales de la congélation sont fascinantes. Imaginez qu’il serait possible de constituer des banques d’organes congelés un peu partout dans le monde, de choisir l’organe compatible pour le patient, de le transporter peu importe où se trouve le patient, et de procéder à une transplantation dans les meilleures conditions possibles.

Mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Tout enthousiaste qu’il soit, le jeune scientifique se fait très hésitant à prédire un quelconque échéancier où la congélation d’organes humains serait monnaie courante. « Cela pourrait se produire dans cinq ans, dans dix ans. Qui sait? » Le professeur Ben demeure optimiste. « Après tout, nous avons déjà réalisé le travail le plus difficile. Nous avons parcouru un grand bout de chemin en peu de temps. »

Adapté d’un article de Jean-Guy Bruneau paru dans le numéro du printemps 2006 de Tabaret.

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Dernières modifications : 2008.01.29