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Numéro hiver — février 2007

Les sables bitumineux de l’Alberta : coffre au trésor ou boîte de Pandore?

Selon le magazine Time, le Canada possède un immense trésor : les gisements de sables bitumineux de l’Alberta, deuxièmes en importance au monde après les réserves de l’Arabie saoudite. Pour mettre la main sur ce trésor, il faut pourtant payer un prix exorbitant sur le plan environnemental. En effet, l’extraction du pétrole des sables bitumineux consomme beaucoup plus d’énergie que l’exploitation des puits de pétrole traditionnels et émet une grande quantité de gaz à effet de serre (GES).

À l’heure où l’on assiste à une prise de conscience croissante de l’état de l’environnement et des changements climatiques, les coûts environnementaux élevés associés à l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta engendrent des débats économiques houleux.

Sommes-nous en train d’ouvrir un coffre au trésor ou une boîte de Pandore?

Les investissements massifs effectués récemment dans le secteur des sables bitumineux de l’Alberta ont amené Leslie Shiell, professeur adjoint au Département de science écono-mique, à se poser la question. Dans un article à paraître dans la revue canadienne Analyse de politiques, Leslie Shiell présentera les coûts des dommages environnementaux découlant de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta. Il prévoit que son article déclenchera un débat public sur la question.

L’économie environnementale se préoccupe, entre autres questions, des dommages d’ordre commercial aussi bien que non commercial résultant de la pollution. Les dommages commerciaux incluent la réduction du rendement agricole et la fluctuation des prix qu’entraîne cette réduction, ainsi que l’incidence sur l’industrie forestière et les pêches. Les dommages non commerciaux tiennent compte des effets sur la santé humaine, des changements apportés au cycle hydrologique, des changements climatiques et des conséquences néfastes de la pollution. Comme les dommages non commerciaux ne comportent pas de transactions commerciales, il est difficile de les évaluer du point de vue économique.

Malgré ces difficultés, Leslie Shiell et Suzanne Loney, étudiante de deuxième cycle, ont examiné les niveaux des émissions de GES générées par l’exploitation de gisements bitumineux du nord de l’Alberta par la société Suncor Energy. Les chercheurs ont estimé les dommages économiques résultant de cette activité afin de savoir si Suncor serait encore rentable dans l’éventualité où elle devrait payer le coût des dommages environnementaux de ses activités.

Les conclusions de Leslie Shiell sont renversantes : si Suncor devait payer le coût des dommages causés par ses émissions de GES, ses bénéfices chuteraient d’environ 27 pour cent par baril.
« Qui plus est, nous n’avons examiné que les émissions de GES, souligne l’économiste. Nous n’avons pas tenu compte de toute l’eau utilisée par ces sociétés pour l’extraction du pétrole, un phénomène de plus en plus controversé en Alberta en raison du déclin continu des réserves d’eau potable de la province. » Ces travaux laissent entendre que les coûts d’exploitation des sables bitumineux dépassent peut-être de beaucoup tous les bénéfices qui en sont attendus.

Leslie Shiell est convaincu que Suncor réagira à ses conclusions en réaffirmant sa connaissance du problème et sa volonté de trouver des solutions. De fait, la société énergétique envisage d’utiliser des techniques de captage pour réduire les effets de ses activités sur l’environnement. Il s’agit de piéger le dioxyde de carbone avant qu’il ne s’échappe dans l’atmosphère afin de l’exploiter. Le gaz peut servir à la recompression de vieux puits de pétrole, ce qui prolongerait leur durée de vie. Il peut aussi servir à la gazéification du charbon, un procédé de production du gaz naturel à partir du charbon qui supprime les émissions découlant normalement de l’exploitation houillère.

À l’heure actuelle, les sociétés d’exploitation des sables bitumineux n’utilisent pas ces techniques, mais des projets pilotes sont en cours. Le recours aux techniques de captage du gaz carbonique pourrait-il alléger le fardeau environnemental dans l’équation économique?

Leslie Shiell croit fermement que l’utilisation généralisée de ces techniques réduirait les effets négatifs sur l’environnement, ainsi que les coûts sociaux liés à l’exploitation de combustibles fossiles.

Comme l’Alberta se préoccupe dorénavant de la conservation de l’eau et que le gouvernement fédéral étudie les changements climatiques et la réduction des émissions de GES, l’industrie des sables bitumineux devra tenir compte des préoccupations de l’heure. Leslie Shiell espère que son étude servira de modèle économique afin d’aider à comptabiliser les coûts sociaux de cette industrie et à réduire les dommages infligés à l’environnement.

« Nous devons veiller à ce que nos modes de production d’énergie avantagent non seulement les entreprises, mais aussi la société, affirme Leslie Shiell. Nous devons nous demander quels sont les effets sur l’environnement. »

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Dernières modifications : 2008.01.29