Numéro d'automne — octobre 2007
Des liens serrés
Une philosophe renoue avec son passé
par Laura Czekaj
Sonia Sikka a immigré au Canada dès l’âge de six ans. Elle pensait que sa culture indienne allait être rejetée en faveur de l’assimilation dans son nouveau pays d’adoption. Mais quand est venu le temps de forger sa propre identité culturelle, Sikka a constaté que la personne qu’elle était devenue était demeurée fortement liée à la culture qu’elle croyait avoir laissée derrière.« Au lieu de prétendre que cette culture n’existait pas, j’ai cherché à me tourner vers elle et à essayer de la comprendre, précise-t-elle. J’ai laissé mon intérêt pour l’Inde s’exprimer et grandir. »
La professeure agrégée du Département de philosophie de l’Université d’Ottawa a consacré une bonne partie de ses travaux à la découverte des racines de l’identité culturelle. Il s’agit d’un processus à partir duquel une communauté de gens peut tirer parti d’un certain patrimoine commun pour surmonter des difficultés et, de ce fait, construire son avenir, explique‑t‑elle.
La professeure Sikka soutient que les identités évoluent et changent continuellement et qu’elles sont touchées par des inégalités de pouvoir entre différents groupes. Lorsque les gens perçoivent une menace à leur identité, ils peuvent être portés à se polariser sur leur identité et à la rendre statique pour se faire respecter, affirme‑t‑elle.
Le projet auquel travaille actuellement la professeure Sikka lui permettra de renouer avec son propre passé au fur et à mesure qu’elle étudiera l’identité culturelle de l’Inde. Elle examinera les diverses façons par lesquelles s’est formée l’identité indienne, notamment en réaction au colonialisme, par l’entremise de relations avec les Hindous et les Musulmans, ainsi que par opposition au système de castes. À cet égard, elle prêtera une attention particulière au groupe des dalits, autrefois appelés « intouchables ». Aujourd’hui, le système de castes est officiellement illégal en Inde et l’absence de discrimination à cet égard est garantie dans la constitution indienne.
La recherche précédente de la professeure Sikka portait sur Johann Gottfried Herder, philosophe du XVIIIe siècle et l’un des pères fondateurs de l’analyse de l’identité culturelle et de son importance pour les gens. Le travail de Herder a fait évoluer les théories relatives au multiculturalisme et éclairé des facteurs importants pour établir l’identité culturelle, notamment la langue.
Une bonne partie de son travail peut s’appliquer à la culture canadienne, plus souvent associée au hockey et à la police montée (GRC) qu’à une histoire culturelle commune.
« La population canadienne peut se créer une identité collective sans demander aux gens de renoncer au sentiment d’appartenance à leurs origines diverses, souligne la philosophe. Vivre dans une nation où les origines ethniques et les identités culturelles diverses sont respectées fait partie de ce à quoi les gens associent le fait d’être Canadien. »
