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Numéro d'automne — octobre 2007

Pôle d’attraction

Ottawa est en voie de devenir un Carrefour international de recherché sur les accidents cérébrovasculaires

L’idée de subir un accident cérébrovasculaire (ACV) fait peur à tous. Cependant, l’investigation de ce risque majeur pour la santé peut s’avérer fort difficile même pour des chercheurs du domaine médical.

L’ACV est en fait une crise aiguë; l’approvisionnement sanguin vital au cerveau est interrompu, ce qui endommage brusquement les tissus vitaux et menace des fonctions élémentaires du corps comme la marche ou la parole. Les patients en proie à un ACV doivent recevoir des soins immédiats de la part du personnel paramédical et des spécialistes des salles d’urgence. Il faut en effet intervenir dans les quelques heures qui suivent pour minimiser les dommages.

Par ailleurs, un ACV représente une séquence remarquablement complexe d’événements biochimiques. Lorsque l’alimentation en sang du cerveau se tarit, les cellules commencent à mourir. Mais ces mêmes cellules envoient également des messages à d’autres cellules qui sont bien loin du lieu du problème. Ce processus pathologique se poursuit de façon régulière dans les heures, les jours et même les semaines qui suivent. Cela contribue à empirer les conséquences initiales de l’ACV et à réduire les possibilités de rétablissement de la personne atteinte.

Alors que plusieurs perspectives relatives à ce domaine de recherche pourraient facilement demeurer isolées, ce qui serait le cas si elles étaient étudiées dans des laboratoires qui ne communiquaient pas entre eux, le Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires a réussi à les rassembler, de façon à ce que chacun puisse en profiter. Ce processus a commencé peu après la création, par le gouvernement fédéral, des Réseaux de centres d’excellence, en 2000.

Plus récemment, la Fondation des maladies du cœur de l’Ontario a lancé, en 2002, son propre Centre de recherche et de traitement des accidents cérébrovasculaires. L’Université d’Ottawa est devenue le point de rassemblement administratif des deux organismes, ainsi que le centre d’un réseau croissant de relations unissant des scientifiques travaillant dans des laboratoires de neurosciences et des cliniciens œuvrant dans des hôpitaux ou dans des centres de réadaptation.

« Le réseau est important parce qu’il pousse les gens à utiliser la science fondamentale et à envisager la manière de l’appliquer à cette maladie », dit Ruth Slack, professeure à la Faculté de médecine et scientifique principale à l’Institut de recherche en santé d’Ottawa (IRSO).

« En réunissant les gens – les grands esprits et les grands praticiens –cela donne lieu à un formidable échange d’idées. »

Par exemple, Arezu Jahani, une étudiante au doctorat dans le laboratoire de la professeure Slack, étudie les moyens d’amener diverses mitochondries à fusionner les unes avec les autres de manière à résister aux ordres qu’elles reçoivent de s’autodétruire après un ACV. Elle a publié récemment un article à ce sujet dans le Journal of Biological Chemistry.

Mme Jahani aurait pu manquer cette voie de recherche si elle avait continué à travailler dans un contexte purement expérimental. Mais son horizon de recherche s’est élargi après qu’elle se soit jointe au groupe de la professeure Slack. Elle a suivi le programme d’été en neurosciences du Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires, ce qui lui a permis de rencontrer des chercheurs cliniciens. Ceux-ci lui ont fait part des dernières découvertes dans le domaine et lui ont démontré les nouvelles techniques chirurgicales. Elle a également pu rencontrer des patients suivant une thérapie de réadaptation. Grâce à cette expérience, le point de vue de Mme Jahani sur cette maladie a considérablement évolué, ce qui s’est reflété dans son programme de recherche.

Paul Albert, un autre scientifique principal à l’IRSO, a connu un changement d’orientation semblable alors qu’il travaillait au sein du Réseau.

M. Albert a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude de la physiologie de la dépression, s’intéressant tout spécialement à la manière dont le cerveau gère la sérotonine, un composé qui transmet des signaux entre les cellules du cerveau. Chez certaines personnes, une mutation génétique qui semble mineure paraît changer la capacité de l’organisme à traiter la sérotonine, ce qui favorise la dépression.

M. Albert étudie maintenant ce constat dans les gènes de patients ayant subi un ACV, lesquels ont plus de risque que la plupart des gens de souffrir de dépression durant leur rétablissement. En comprenant mieux ce lien, on pourrait être en mesure de mettre au point des programmes de traitement plus efficaces à la fois contre les ACV et la dépression.

« On a longtemps cru qu’une fois que le cerveau avait subi des dommages, il n’y avait plus rien à faire », précise M. Albert. Mais, à l’instar d’autres chercheurs, M. Albert explore maintenant la possibilité que des traitements visant à stimuler les cellules souches puissent aider à restaurer la fonction de tissus endommagés. « Si tout va bien, les résultats de nos recherches fondamentales nous permettront de revenir en milieu clinique avec de nouvelles idées ou de nouveaux médicaments. »

Rien de cela n’étonne le directeur du Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires, le Dr Antoine Hakim, qui est également chef de la Division de neurologie de la Faculté de médecine de l’Université et directeur de la recherche en neurosciences à l’Institut de recherche en santé d’Ottawa.

« Ces personnes n’étaient pas des spécialistes de l’ACV lorsqu’elles ont été recrutées, dit-il. Mais elles avaient du jugement, de la technique et du talent, qu’elles ont pu mettre à profit dans le domaine des ACV. »

Selon le Dr Hakim, l’un des principaux objectifs du Réseau est de chercher à rassembler diverses disciplines pour tenter de relever un des grands défis en santé. Citant en exemple les résultats obtenus par M. Albert au sujet de la dépression, le Dr Hakim souligne que des domaines comme la psychiatrie ont maintenant été intégrés à ce projet de recherche qui, à partir de ses assises à Ottawa, est en train de prendre une envergure internationale.

« Ottawa est réellement en voie de devenir le pôle d’attraction en ce qui concerne la recherche relative aux ACV au Canada, et peut-être même au monde », affirme-t-il.

© Université d'Ottawa
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Dernières modifications : 2008.01.29