Le risque - La recherche à la rescousse — juillet 2010
Pour protéger notre matière grise
La plupart des casques protecteurs réduisent le risque de traumatismes crâniens catastrophiques, mais sont moins effi caces contre les blessures plus légères comme les commotions cérébrales.
En 2009, le décès de l’actrice Natasha Richardson lors d’une leçon de ski au Québec a attiré l’attention sur l’importance du port du casque, même lorsque le risque semble minime, comme sur une pente pour débutants. Or, l’efficacité des casques disponibles sur le marché peut varier beaucoup selon les risques de l’activité qu’on pratique.
Le Laboratoire de neurotraumatologie de l’impact de l’Université d’Ottawa, dirigé par le professeur Blaine Hoshizaki, se spécialise justement dans la mise à l’essai des casques. Là, des têtes de mannequin dûment casquées sont lâchées d’une hauteur de plusieurs mètres sur une surface dure; d’autres sont projetées les unes contre les autres à grande vitesse. Des caméras et des ordinateurs enregistrent les impacts pour recueillir les données dont les chercheurs ont besoin.
Selon le professeur Hoshizaki, qui dirige également l’École des sciences de l’activité physique, les casques pour activités sportives n’off rent pas une protection suffi sante contre les traumatismes « légers » comme les commotions cérébrales, même si la recherche a démontré leur capacité de réduire le risque de blessures catastrophiques comme les fractures du crâne ou les hémorragies intracrâniennes.
Comment est-ce possible? Tout d’abord, on note un certain manque du côté de la recherche. Jusqu’à présent, les tests utilisant une variété d’angles d’impact ont été très limités, tout comme ceux basés sur la taille d’une tête d’enfant. C’est ce qui explique, selon le professeur Hoshizaki, pourquoi skieurs, patineurs, hockeyeurs, motoneigistes, cyclistes et autres adeptes de sports et loisirs ont subi des traumatismes crâniens même s’ils portaient un casque.
De plus, aucune loi canadienne n’oblige les fabricants à produire des casques de ski et de vélo selon les recommandations de l’Association canadienne des normes (CSA). Le professeur mentionne les casques de ski pour enfants, qui nécessitent des coussinets plus épais et moins denses que ceux des casques pour adultes. « Au Canada, les casques de petite taille échouent généralement aux tests de la CSA, mais la plupart des consommateurs ignorent que les fabricants ne sont pas tenus de respecter ces normes. »
Pour améliorer l’efficacité des casques en général, le professeur Hoshizaki tient compte de divers détails, dont les vitesses, les hauteurs et les actions généralement associées aux impacts dans le cadre de l’activité, les surfaces et les objets qui pourraient être percutés ainsi que leur capacité d’absorber les chocs.
Blaine Hoshizaki utilise également de l’information médicale tirée de vrais exemples de traumatismes crâniens. Au lieu d’étudier simplement les dommages et le stress causés aux casques lors des tests, le laboratoire se sert de modélisations sophistiquées pour déterminer comment l’impact induit le traumatisme.
Le professeur Hoshizaki a aussi multiplié les tests pour concevoir un tout nouveau modèle de casque dans son laboratoire. Sa création est munie de 12 à 18 petits coussins d’air adaptables qui offrent une protection supérieure à celle de la styromousse traditionnelle. Cette technologie est utilisée par l’équipe de football de l’Université d’Ottawa, les Gee- Gees, de même que par d’autres organisations sportives universitaires ou professionnelles, dont la Ligue nationale de football.
Récemment, Blaine Hoshizaki a aussi accepté l’invitation de Pensez d’abord, un organisme à but non lucratif visant la prévention des lésions cérébrales et médullaires, à recommander les meilleurs casques pour enfants pratiquant des sports hivernaux.
Après avoir examiné quand, où et comment les enfants participent à ces activités, le professeur a élaboré un protocole, basé sur une tête d’enfant, pour tester des casques de hockey, de vélo et de ski alpin. Il a conclu qu’à basse vitesse, les casques de hockey excellent lors d’activités comme le patinage ou la glissade sur une pente courte ou graduelle. À vitesse élevée, par contre, les casques de vélo sont plus efficaces. En théorie, comme les casques de ski alpin couvrent davantage la tête, ils auraient dû être le meilleur choix pour les deux types d’impact. Pourtant, dit Blaine Hoshizaki, tous les modèles testés auraient dû mieux performer.
Selon lui, il ne serait pas difficile de se conformer aux normes de fabrication établies. Toutefois, comme les fabricants vendent leurs produits partout dans le monde, ils préfèrent produire et promouvoir les mêmes modèles pour tous. Or, à la fi n des années 1970, le nombre alarmant de blessures à la tête chez les hockeyeurs avait entraîné l’inclusion des casques de hockey dans la Loi sur les produits dangereux, qui oblige les fabricants à respecter les normes de la CSA.
Mais même un casque conforme aux exigences de la CSA n’offre pas une protection absolue lors d’une collision à très haute vitesse avec une surface dure. Les villes ont beau fermer les pentes municipales à la glissade lorsque les conditions sont périlleuses, le professeur Hoshizaki voudrait aussi qu’elles s’assurent que les risques associés à ce genre d’activité sont bien compris. « Il y a divers risques à gérer, dit-il. Les gens doivent porter un casque homologué, mais les municipalités doivent aussi surveiller et évaluer les pentes pour aider les usagers à mesurer adéquatement le danger. »
Depuis une dizaine d’années, le port du casque est de plus en plus commun chez les enfants comme chez les adultes. Il est par contre difficile de dire si ce changement a fait diminuer le nombre de traumatismes crâniens « mineurs », car les adeptes des sports risqués ont aussi augmenté. Et la popularité des sports extrêmes croît encore plus vite, notamment auprès des femmes de tous âges.
Comme le niveau de participation aux activités risquées continue d’augmenter, l’expertise du professeur Hoshizaki sera de plus en plus sollicitée dans la quête pour protéger ce qui est sans doute notre plus grand atout : notre matière grise. Vu la popularité croissante des sports potentiellement dangereux, il est urgent de mettre l’accent sur la prévention des traumatismes crâniens, ou au minimum, sur leur réduction.
