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Les retombées de la recherche: Commercialisation et transfert des connaissances — juin 2011

Les technologies de l’avenir au service de l’étude du passé

L’historien virtuel peut ressembler à un jeu électronique, mais c’est en fait un outil de recherche conçu par Stéphane Lévesque pour répondre à la demande croissante de formation en ligne.

Lorsque Sony ou Apple mènent des études sur l’utilisation des technologies de l’information chez les jeunes, ils cherchent avant tout des moyens d’augmenter la vente de leurs produits et services. Stéphane Lévesque, professeur agrégé à la Faculté d’éducation, s’intéresse lui aussi à l’usage de ces outils, mais pour d’autres motifs : il étudie l’influence de ces technologies sur la façon dont les étudiants d’aujourd’hui recueillent et utilisent l’information.

L’objectif du professeur Lévesque ne constitue peut-être pas un incitatif financier, mais ses découvertes reçoivent tout de même un accueil enthousiaste chez les éducateurs, qui doivent aider la nouvelle génération à développer les facultés intellectuelles nécessaires pour faire face à un raz-de-marée sans précédent de nouvelles données. Il a mis au point un ensemble d’outils qui démontrent que les sciences humaines peuvent être commercialisées avec le même esprit d’entreprise que les plus récents jeux électroniques.

Stéphane Lévesque prend pour exemple le domaine de l’histoire, où les étudiants doivent souvent se déplacer pour retrouver des documents dans une bibliothèque, des photographies dans un centre d’archives ou même des artéfacts dans le grenier d’une vieille maison.

La technologie a révolutionné cette façon de faire. Alors que les sources étaient autrefois rares et inaccessibles, on trouve maintenant quantité de reproductions numériques fidèles sur les réseaux électroniques. Et même si ces documents sont difficiles à obtenir, l’ordinateur peut maintenant les retrouver plus rapidement que jamais.

Cependant, même si la technologie peut réduire le fastidieux travail relié aux enquêtes historiques, la pensée méthodique demeure indispensable. C’est ce qui représente le principal défi pour Stéphane Lévesque.

« D’une certaine façon, l’histoire est un processus naturel », dit-il, faisant remarquer que nous créons, de façon intuitive, des histoires à partir de nos propres vies. Mais la plupart de ces histoires ne sont que les versions les plus évidentes ou les plus attrayantes des événements réels, et les historiens cherchent beaucoup plus loin. Ils mettent constamment en doute la nature de leurs sources et analysent les preuves qui expliquent comment et pourquoi se sont déroulés les événements.

La grande quantité de sources historiques découvertes récemment peut faciliter ce processus, admet le chercheur. Mais la quantité ne peut, à elle seule, apporter les compétences nécessaires à une étude efficace du passé. C’est pourquoi il observe la façon dont les étudiants utilisent la technologie informatique pour trouver des renseignements, et les moyens qui pourraient affiner leurs méthodes d’investigation.

Une stratégie tout indiquée consiste à tirer parti de la popularité des jeux électroniques, qui peuvent être adaptés pour proposer divers exercices touchant à l’histoire. C’est pourquoi Stéphane Lévesque a décidé de profiter de l’attrait du jeu auprès des élèves pour les intéresser à L’historien virtuel (www.virtualhistorian.ca), un véritable labora-toire en ligne. La matière est présentée d’une façon très interactive, qui évite l’écueil qu’est la tentation de retenir une seule version, « juste », du passé.

« Le laboratoire est une infrastructure conçue pour tenter d’améliorer l’apprentissage », explique Stéphane Lévesque.

Il met les utilisateurs en garde : les activités offertes ne visent pas l’obtention de réponses « correctes » à partir de l’information fournie. On encourage plutôt les participants à évaluer les différentes sources d’information ainsi que le potentiel de chaque source à améliorer la compréhension des événements passés.

Le site fournit aux étudiants des données relatives à d’importants événements de l’histoire canadienne comme la bataille des plaines d’Abraham, la rébellion du Nord-Ouest, la bataille de Dieppe ou la crise d’octobre. Bien que tout soit numérisé, certaines sources sont présentées dans leur format original, qu’il s’agisse de cartes, d’extraits d’actualités filmées ou de lettres écrites par des témoins. Les étudiants tracent leur propre chemin à travers cette information, puis ils rédigent un exposé en ligne afin de situer leurs découvertes dans un contexte historique cohérent.

Lévesque se sert aussi du site comme outil de recherche. Il compare les étudiants qui ont reçu un enseignement traditionnel avec ceux qui ont vu la même matière à l’aide de L’historien virtuel. Après avoir soumis les deux groupes à un même test, il a découvert que ceux qui avaient utilisé L’historien virtuel avaient non seulement une meilleure connaissance de la matière, mais pouvaient aussi produire une argumentation structurée pour appuyer leurs affirmations.

Plus récemment, il a équipé des postes de travail de logiciels et de matériel à la fine pointe de la technologie afin de recueillir des données sur la façon dont les étudiants utilisent le Web pour leurs recherches. Les mouvements oculaires des utilisateurs face à l’écran sont enregistrés, tout comme les différents sites visités et le temps passé sur chacun d’eux.

Selon le chercheur, il s’agit là de renseignements primordiaux sur la façon dont la prochaine génération d’historiens – et d’utilisateurs du Web en général – emploie ce média. Et bien que ce processus soit d’une grande importance pour les éducateurs, il soutient que peu de recherches ont été menées dans ce domaine. Ce travail représente donc une forme inestimable de transfert de connaissances de l’Université d’Ottawa à divers milieux éducatifs, y compris des écoles, des musées et même certaines entreprises offrant des formations à leur personnel.

« Nous voulons fournir aux enseignants des outils qui aideront leurs élèves à acquérir les compétences informatiques dont ils ont besoin. De tels outils semblent actuellement inexistants dans l’univers des salles de classe », précise le professeur Lévesque. « Le laboratoire de L’historien virtuel n’est qu’un modeste outil pour tenter de suivre l’évolution de l’apprentissage au 21e siècle. »

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Dernières modifications : 2008.01.29